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24 juillet 2026

Le Pen, Bardella, Zemmour : un même camp, trois programmes ?

Marine Le Pen et Jordan Bardella affichent 98 % d’accord dans notre comparateur, contre 87 % avec Éric Zemmour. Leur divergence se joue sur l’économie.

Un électeur glisse son bulletin dans une urne transparente lors d’un scrutin en France
Un électeur glisse son bulletin dans une urne transparente lors d’un scrutin en France. Photo : Pierre-alain dorange / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Notre comparateur place Marine Le Pen et Jordan Bardella à 98 % d’accord sur 40 propositions clivantes. C’est le deuxième score le plus élevé du jeu de données, derrière Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, à 98 %. Éric Zemmour s’établit à 87 % avec l’une comme avec l’autre de ces deux personnalités. Dix points d’écart, à cette hauteur d’échelle, ce n’est pas anodin. Ces dix points ne viennent pourtant ni de l’immigration ni de la sécurité, terrains sur lesquels les trois positionnements se superposent presque intégralement. Ils viennent de l’économie et de la protection sociale. Cet article détaille où passent ces lignes, ce que mesurent exactement ces pourcentages, et surtout ce qu’ils ne mesurent pas.

En bref

  • 98 % d’accord entre Marine Le Pen et Jordan Bardella, 87 % entre chacun d’eux et Éric Zemmour, pour une médiane de 58 % sur les 325 paires possibles.
  • Immigration, sécurité, justice, énergie : les trois positions sont identiques sur l’essentiel des propositions comparées.
  • L’axe économique de notre boussole les sépare : 0 pour Le Pen, +13 pour Bardella, +67 pour Zemmour.

Que mesure vraiment le score de 98 % entre Le Pen et Bardella ?

Une proximité de positionnement, pas une identité de programme. Sur les 36 propositions où les deux personnalités ont une position tranchée, 32 sont strictement identiques. Le résultat de 98 % constitue le deuxième score de notre base, derrière Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau, à 98 %.

Ce chiffre prend son sens rapporté à l’échelle. Sur les 325 paires que permet notre base de personnalités, la concordance médiane s’établit à 58 %, pour un minimum de 16 % et un maximum de 98 %. Un score de 98 % se situe donc à l’extrémité haute de la distribution, dans une zone que très peu de couples atteignent.

Les points de repère aident à situer ces valeurs. Bruno Retailleau et Marine Le Pen atteignent 74 %. Gabriel Attal et Jordan Bardella tombent à 59 %, soit trois points au-dessus de la médiane. Entre ces bornes, les 87 % d’Éric Zemmour avec les deux responsables du Rassemblement national restent un score élevé, mais nettement en retrait des 98 % internes au parti.

Le détail proposition par proposition, et l’ensemble des couples, peuvent être reconstitués depuis le comparateur de propositions.

Immigration et sécurité : les trois positions se confondent-elles ?

Sur ces deux thèmes, oui, à la position près. Réduire fortement l’immigration légale par des quotas contraignants, restreindre le droit du sol, appliquer la priorité nationale aux prestations non contributives : les trois personnalités sont franchement favorables, soit +2 sur notre échelle graduée de -2 à +2, sans écart d’intensité.

La séquence sécuritaire donne le même résultat. Peines planchers pour les récidivistes et fin de l’excuse de minorité pour les mineurs délinquants recueillent des positions identiques. L’opposition à la légalisation du cannabis est également partagée par les trois. Sur ce bloc, le comparateur n’enregistre aucun désaccord de direction, ni même de nuance mesurable.

Deux autres propositions viennent s’ajouter à cette liste. Le recours au référendum sur les questions migratoires et la primauté du droit national sur le droit européen font l’objet du même positionnement chez les trois. Ces deux items pèsent lourd dans le calcul, car ils conditionnent la mise en œuvre juridique du reste.

Autrement dit, la ligne migratoire ne distingue pas Reconquête du Rassemblement national dans notre grille. Les propositions concernées et les positions de toutes les personnalités suivies sont regroupées sur la page thématique immigration.

Pourquoi l’économie sépare-t-elle Zemmour du Rassemblement national ?

Parce que c’est là que les positions changent de sens, et pas seulement d’intensité. Sur l’abrogation de la réforme des retraites de 2023, Marine Le Pen et Jordan Bardella sont l’un comme l’autre franchement favorables, quand Éric Zemmour est franchement opposé. L’écart est maximal sur un dossier structurant du débat social.

Le rétablissement d’un impôt sur la fortune suit une logique voisine, mais atténuée. Marine Le Pen et Jordan Bardella y sont plutôt opposés, Éric Zemmour franchement opposé. Même direction, degrés différents. La baisse des impôts de production et des charges produit la configuration symétrique : plutôt favorables pour les deux premiers, franchement favorable pour le troisième.

Le conditionnement du RSA à une activité obligatoire fonctionne de la même façon, avec une intensité plus marquée chez Éric Zemmour. Sur l’augmentation du budget de l’hôpital public, les trois sont favorables, avec une nuance chez Jordan Bardella. Le programme d’Éric Zemmour chiffre pour sa part 40 000 recrutements hospitaliers.

Ce faisceau dessine un partage assez net. Les positions du Rassemblement national restent proches du centre de l’axe économique, avec des éléments de protection sociale et une opposition à la réforme des retraites. Celles d’Éric Zemmour se rapprochent d’une orientation libérale sur la fiscalité, les charges et les conditions d’accès aux prestations.

Le face-à-face entre Marine Le Pen et Éric Zemmour permet de parcourir ces items un à un, et la page thématique économie rassemble l’ensemble des propositions concernées.

Que dit la boussole politique de ces trois positionnements ?

Elle confirme la lecture précédente en la chiffrant. Sur l’axe économique, qui va de -100 pour une orientation interventionniste à +100 pour une orientation libérale, Marine Le Pen est située à 0, Jordan Bardella à +13 et Éric Zemmour à +67. Soit 67 points d’écart entre les deux extrémités du trio.

Sur l’axe sociétal, qui va de -100 pour un positionnement progressiste et européen à +100 pour un positionnement conservateur et souverainiste, les trois se regroupent. Marine Le Pen est à +82, Jordan Bardella à +80, Éric Zemmour à +91. Onze points séparent les deux valeurs extrêmes, contre soixante-sept sur l’autre axe.

La comparaison avec d’autres personnalités éclaire ce résultat. Sur le seul axe économique, Éric Zemmour est plus proche de Bruno Retailleau, situé à +96, et d’Édouard Philippe, situé à +88, que de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella. Cette proximité arithmétique ne concerne que cet axe, l’axe sociétal les séparant nettement.

C’est ce croisement qui explique le 87 %. Deux positionnements peuvent partager un socle sociétal très large et diverger sur la conception du rôle de l’État dans l’économie. Le pourcentage global agrège les deux dimensions et lisse cette différence.

Europe et international : une ligne commune ou des nuances ?

Une ligne commune sur l’essentiel, avec deux exceptions repérables. Les trois personnalités défendent la primauté du droit national sur le droit européen et rejettent les accords commerciaux de type UE-Mercosur. Sur la sortie de l’Union européenne ou de la zone euro, les trois sont plutôt opposés, à -1, ce qui traduit l’abandon de cette orientation par le Rassemblement national.

Ce point mérite d’être situé dans l’espace politique. Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau et Florian Philippot sont pour leur part franchement favorables à une sortie. Sur cette question précise, la distance entre eux et le trio étudié est donc plus grande qu’entre les trois personnalités entre elles.

Le soutien militaire à l’Ukraine constitue la seconde nuance. Marine Le Pen et Jordan Bardella ne tranchent pas et sont codés à 0, une valeur que nous employons pour les positions nuancées, intermédiaires ou sans doctrine identifiée. Éric Zemmour est plutôt opposé. L’écart reste d’un cran, mais il porte sur un engagement extérieur majeur.

Dernière convergence, hors du champ européen : sur l’aide active à mourir, les trois s’opposent nettement, sans nuance d’intensité entre eux.

Que valent ces chiffres, et que ne disent-ils pas ?

Ils constituent une lecture éditoriale et indicative de 40 propositions, établie à partir des programmes publiés, des votes et des déclarations publiques. Les programmes de 2027 ne sont pas arrêtés : ces positions sont révisées au fil de la campagne. Les conventions de calcul sont détaillées dans la méthodologie.

Deux règles conditionnent les résultats. Les propositions sur lesquelles aucune des deux personnalités comparées n’a de position tranchée sont affichées mais exclues du calcul. Et le nombre de propositions réellement comparées est indiqué sous chaque score : 36 pour le couple Le Pen et Bardella, 40 pour les deux autres.

Le statut des trois personnalités diffère également. Marine Le Pen a annoncé sa candidature le 7 juillet 2026, jour de l’arrêt d’appel ramenant sa peine d’inéligibilité à 45 mois dont 30 avec sursis, la part ferme étant échue au 30 juin 2026. Un pourvoi en cassation est attendu début avril 2027.

Jordan Bardella s’est rallié à cette candidature et n’est pas déclaré. Éric Zemmour n’a pas officialisé la sienne ; Reconquête annonce le lancement de sa précampagne à son université d’été des 12 et 13 septembre 2026. Les fiches de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour recensent le détail des positions, et le jeu de données ouvert permet de vérifier chaque valeur.

Questions fréquentes

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont-ils le même programme ?

Leurs positions coïncident sur 32 des 36 propositions comparables, soit 98 % d’accord. C’est le deuxième score de notre base, derrière Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau. Ce résultat décrit une proximité de positionnement mesurée sur 40 propositions, pas l’identité de deux programmes de campagne complets.

Qu’est-ce qui distingue Éric Zemmour du Rassemblement national ?

L’économie, principalement. Sur l’axe économique de notre boussole, Éric Zemmour est situé à +67, contre -4 pour Marine Le Pen et +4 pour Jordan Bardella. La divergence la plus nette porte sur l’abrogation de la réforme des retraites de 2023, à laquelle il est franchement opposé.

Convergent-ils sur l’immigration ?

Oui, dans notre grille. Quotas contraignants sur l’immigration légale, restriction du droit du sol et priorité nationale sur les prestations non contributives recueillent chez les trois une position franchement favorable, sans écart d’intensité. Le référendum sur les questions migratoires fait également l’objet d’un positionnement identique.

Que représentait chacun en 2022 ?

Au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, Marine Le Pen a obtenu 23,15 % des suffrages exprimés et Éric Zemmour 7,07 %. Jordan Bardella n’était pas candidat. Ces résultats décrivent un rapport de forces passé et ne préjugent pas de la configuration de 2027.

Ce qu’il faut retenir

Trois positionnements, un socle commun, une ligne de partage identifiable. Les 98 % entre Marine Le Pen et Jordan Bardella traduisent 32 positions identiques sur 35 propositions comparables. Les 87 % d’Éric Zemmour avec chacun d’eux reposent sur 24 identités strictes sur 40. Cette différence ne vient pas de l’immigration ni de la sécurité, où les positions se superposent, mais de l’économie : 0, +13 et +67 sur l’axe économique de la boussole. Rappelons que ces chiffres constituent une lecture éditoriale et indicative, que les programmes de 2027 ne sont pas arrêtés et que deux des trois personnalités ne sont pas candidates déclarées. Pour comparer d’autres couples de personnalités, le comparateur de propositions reste le point d’entrée le plus direct.

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