· Par La rédaction de France-Vote
Vote des détenus : comment les personnes incarcérées votent-elles à la présidentielle ?
Les détenus gardent le droit de vote. Correspondance, procuration, permission de sortir : comment on vote en prison à la présidentielle et ce qui a changé en 2025.

Être incarcéré ne fait pas perdre le droit de vote. Une personne détenue peut voter si elle est inscrite sur une liste électorale et si elle n'a pas été condamnée à la perte de ses droits civiques. À l'élection présidentielle, elle dispose de trois moyens : le vote par correspondance dans l'établissement pénitentiaire, la procuration et, pour les condamnés seulement, la permission de sortir pour aller voter à l'urne. Voici comment fonctionne chacun d'eux, d'après les fiches du Conseil constitutionnel, du ministère de la Justice et de Service-Public.fr, ainsi que le texte du décret applicable à la présidentielle.
En bref
- Les personnes détenues conservent le droit de vote, sauf condamnation à la perte des droits civiques.
- À la présidentielle, elles peuvent voter par correspondance depuis la prison, par procuration ou, si elles sont condamnées, à l'urne grâce à une permission de sortir.
- Les votes par correspondance sont dépouillés le jour du scrutin dans un bureau unique au ministère de la Justice, place Vendôme à Paris.
- En 2022, plus de 10 000 détenus ont voté à chaque tour, soit une participation d'un peu plus de 20 %, contre à peine 2 % en 2017, selon le ministère de la Justice.
- Une loi du 18 juillet 2025 réserve désormais le vote par correspondance des détenus à la présidentielle, aux européennes et aux référendums.
Les personnes détenues ont-elles le droit de voter ?
Oui, en principe. « Les personnes détenues ne sont pas privées du droit de vote », rappelle le Conseil constitutionnel. Comme tout électeur, une personne incarcérée doit être de nationalité française, majeure, jouir de ses droits civils et politiques et être inscrite sur une liste électorale. Les conditions générales sont détaillées dans notre guide sur l'inscription sur les listes électorales et la procuration.
La seule exception tient à la peine prononcée. Selon Service-Public.fr (fiche vérifiée le 12 mars 2026), la personne condamnée à la perte de ses droits civiques perd son droit de vote pendant la durée fixée par le jugement. Cette privation ne court qu'à partir du moment où la condamnation est définitive, une fois les voies de recours épuisées ou leurs délais expirés.
Prévenus et condamnés : une différence
La loi distingue deux situations. Les personnes en détention provisoire (on parle aussi de prévenus) n'ont pas été jugées définitivement : elles conservent leurs droits civiques. Les détenus condamnés les conservent également, sauf si le jugement a prononcé leur perte. Cette distinction compte surtout pour la permission de sortir, réservée aux condamnés.
Qui informe les détenus de leurs droits ?
C'est le chef de l'établissement pénitentiaire. Il doit informer les personnes détenues des modalités d'inscription et de vote dans les 15 jours suivant leur incarcération, et leur fournir les moyens de faire leur demande d'inscription et de réunir les justificatifs, indique Service-Public.fr. Si le détenu ne peut pas produire de pièce d'identité, le chef d'établissement peut établir un document attestant de son identité.
Comment fonctionne le vote par correspondance en prison ?
C'est un vote anticipé, organisé dans l'établissement la semaine précédant le scrutin. Pour la présidentielle, il est prévu par le VI de l'article 3 de la loi du 6 novembre 1962, qui permet aux personnes en détention provisoire et aux détenus « purgeant une peine n'entraînant pas une incapacité électorale » de voter « par correspondance, sous pli fermé », dans des conditions qui respectent « le caractère secret et personnel du vote ». Les modalités figurent à l'article 29-1 du décret du 8 mars 2001, dans la version publiée par le Conseil constitutionnel pour l'élection de 2022.
Le parcours se déroule en quatre temps :
- La demande. Le chef d'établissement remet au détenu un formulaire d'option. La personne qui souhaite voter par correspondance le lui rend « au plus tard le sixième vendredi précédant le scrutin ». Ce choix est définitif : une fois admise à voter par correspondance, elle ne peut plus voter ni à l'urne ni par procuration.
- La vérification. L'administration pénitentiaire transmet la liste des demandeurs à une commission électorale nationale, qui la fait vérifier par l'Insee. Seules les personnes inscrites sur une liste électorale sont admises. La liste est arrêtée « au plus tard le quatrième samedi précédant le scrutin » et vaut pour les deux tours. Dans la commune d'inscription, la mention « ne vote pas dans la commune » est portée à côté du nom de l'électeur.
- Le vote en détention. Les électeurs votent pendant une période fixée par le chef d'établissement, située « entre le deuxième lundi et le samedi précédant le scrutin » au premier tour, et entre le lundi et le samedi précédant le scrutin au second. Le détenu glisse son bulletin dans l'enveloppe électorale, à l'abri des regards, puis place celle-ci dans une enveloppe d'identification avec un justificatif d'identité, qu'il scelle en y inscrivant son nom, son lieu de détention et son numéro d'écrou.
- Le dépouillement. Les enveloppes sont envoyées à la commission électorale. Le jour du scrutin, elles sont ouvertes et dépouillées dans le lieu de centralisation des votes par correspondance, au ministère de la Justice, 13, place Vendôme à Paris, ouvert de 8 heures à 19 heures.
Le décret protège aussi le secret des échanges : les correspondances entre les détenus et la commission électorale, enveloppes comprises, sont des correspondances protégées au sens de la loi pénitentiaire de 2009.
Pour quelle commune vote-t-on ?
Pour l'inscription, le détenu qui choisit la correspondance est rattaché à la commune chef-lieu du département où se trouve l'établissement, dans le bureau de la circonscription comptant le plus d'électeurs, selon Service-Public.fr. À la présidentielle, la France forme une circonscription unique : ce rattachement ne change donc rien au poids du vote.
Qui contrôle ce vote et compte les bulletins ?
Une commission électorale spécifique, présidée par un magistrat de la Cour de cassation. Selon l'article 29-1 du décret, elle comprend aussi un magistrat administratif, le directeur de l'administration pénitentiaire, un représentant du ministère de l'Intérieur et un représentant des outre-mer. La loi de 1962 la charge de « veiller au caractère personnel et secret du vote par correspondance ainsi qu'à la régularité et à la sincérité des opérations de vote ».
Cette commission joue à la fois le rôle de bureau de vote et de commission de recensement. Elle écarte certaines enveloppes : celles reçues en double au nom d'un même électeur, celles arrivées hors délai (les documents remis après 16 heures le jour du scrutin ne sont pas pris en compte), celles sans justificatif ou dont l'identité de l'électeur n'a pu être authentifiée. Les bulletins sont ensuite dépouillés par des scrutateurs, sous sa surveillance.
Les candidats peuvent suivre l'opération : chacun peut désigner un délégué chargé de contrôler les travaux de la commission, qui peut aussi servir de scrutateur. Le procès-verbal, signé en présence des représentants des candidats, est transmis sans délai au Conseil constitutionnel, comme ceux des commissions départementales décrites dans notre article sur le recensement des votes. Le déroulé du comptage lui-même est expliqué dans notre article sur le dépouillement.
Peut-on voter par procuration ou sortir pour voter ?
Oui, ce sont les deux voies historiques. Avant la création du vote par correspondance, les détenus ne pouvaient voter que par procuration ou grâce à une permission de sortir, rappelle le ministère de la Justice.
La procuration
Elle est ouverte à tous les détenus qui ont le droit de vote, prévenus comme condamnés. Le détenu confie à un autre électeur le soin de voter à sa place. Le chef d'établissement recense les demandes et organise la venue d'un officier de police judiciaire, qui établit les procurations dans la prison, selon le Conseil constitutionnel.
Pour faciliter cette démarche, le détenu peut s'inscrire dans plusieurs communes : celle de son domicile, de sa dernière résidence d'au moins six mois, de sa naissance, celle où est né ou inscrit un ascendant ou un descendant, celle de son conjoint, partenaire de Pacs ou concubin, ou celle d'un parent jusqu'au quatrième degré (Service-Public.fr).
La permission de sortir
Elle est réservée aux détenus condamnés. Le Conseil constitutionnel précise qu'en sont exclues les personnes condamnées à la perte des droits civiques ou dont une période de sûreté est en cours. Le détenu demande au juge de l'application des peines une permission d'une journée par tour de scrutin. Selon Service-Public.fr, elle peut être accordée pour une peine de cinq ans au plus, ou pour une peine plus longue lorsque la moitié a été exécutée.
Cette permission n'est pas un droit : elle est soumise à l'appréciation du juge. En cas de refus, le condamné peut encore voter par procuration ou par correspondance. En pratique, elle reste marginale : selon le rapport de la commission des lois du Sénat (12 mars 2025), 196 autorisations ont été accordées pour le second tour de la présidentielle de 2022.
Combien de détenus votent ?
Leur participation a fortement augmenté avec le vote par correspondance. Selon le ministère de la Justice (article du 29 avril 2022, mis à jour le 14 février 2023), plus de 10 000 personnes détenues ont voté à chacun des deux tours de la présidentielle de 2022, soit une participation d'un peu plus de 20 %, contre « à peine 2 % » en 2017. Le vote par correspondance, utilisé pour la première fois à une présidentielle, a concerné plus de 93 % des votants en détention. Plus de 190 agents du ministère se sont portés volontaires pour enregistrer et dépouiller les votes place Vendôme.
La tendance s'est confirmée ensuite. Le rapport du Sénat de mars 2025 relève une participation des détenus de 22 % aux européennes de 2024 et de 19 % aux législatives de 2024, le vote par correspondance étant choisi par 90 % d'entre eux. Ces taux restent nettement inférieurs à la participation de l'ensemble des électeurs, dont les ressorts sont analysés dans notre article sur l'abstention à la présidentielle de 2022.
Qu'est-ce qui a changé avec la loi de 2025 ?
Le vote par correspondance des détenus est désormais limité aux scrutins nationaux. Créé par la loi du 27 décembre 2019 « engagement et proximité », après une expérimentation aux européennes de 2019, il s'appliquait à toutes les élections, rappelle le rapport du Sénat. La loi n° 2025-658 du 18 juillet 2025 le réserve aux scrutins « pour lesquels la République forme une circonscription unique » (présidentielle et européennes) et aux référendums.
Pourquoi ce changement ?
Le débat portait sur les élections locales et législatives. Les détenus votant par correspondance étant tous inscrits au chef-lieu du département, leurs voix se concentraient dans quelques communes. Le Sénat cite Évry-Courcouronnes, où les détenus représentaient plus de 9 % du corps électoral, soit 1 300 inscrits, en raison de la prison de Fleury-Mérogis. Dans sa décision n° 2025-889 DC du 17 juillet 2025, le Conseil constitutionnel a jugé que le législateur avait voulu préserver le lien de proximité entre l'électeur et sa commune et prévenir une altération des résultats, et que la loi ne privait pas les détenus du droit de vote.
Les députés qui l'avaient saisi soutenaient au contraire que la réforme conduirait à une « abstention contrainte » des détenus aux élections locales et législatives. Le Conseil a écarté ces griefs, relevant que les détenus peuvent toujours voter par procuration et, pour les condamnés, par permission de sortir. Pour la présidentielle de 2027, la réforme ne change donc pas l'accès au vote par correspondance.
Quelles dates pour les détenus en 2027 ?
Les dates dépendront du décret de convocation des électeurs. Le Gouvernement a retenu le 18 avril et le 2 mai 2027 pour les deux tours (annonce du Conseil des ministres du 1er juillet 2026). Si les délais du décret de 2001 restent inchangés, le calcul donne :
- 12 mars 2027 : date limite de remise du formulaire de vote par correspondance (sixième vendredi précédant le scrutin) ;
- 27 mars 2027 : arrêt de la liste des détenus admis à voter par correspondance (quatrième samedi) ;
- du 5 au 17 avril 2027 : période de vote en détention pour le premier tour ;
- du 26 avril au 1er mai 2027 : période de vote en détention pour le second tour.
À titre de comparaison, en 2022, la demande devait être faite au plus tard le 4 mars et la liste a été arrêtée le 19 mars, selon le Conseil constitutionnel. Ces dates sont des estimations, à confirmer par les textes officiels. Les grandes échéances de la campagne sont réunies sur notre page calendrier de la présidentielle.
Questions fréquentes
Un détenu peut-il voter à la présidentielle de 2027 ?
Oui, s'il est inscrit sur une liste électorale et n'a pas été condamné à la perte de ses droits civiques. Il pourra voter par correspondance depuis sa prison, par procuration ou, s'il est condamné et l'obtient du juge, à l'urne grâce à une permission de sortir d'une journée.
Le vote par correspondance des détenus est-il secret ?
La loi l'exige. Le détenu vote à l'abri des regards et place son bulletin dans une enveloppe électorale, glissée dans une enveloppe d'identification scellée. Les enveloppes ne peuvent être ouvertes que par la commission électorale, et ces envois sont des correspondances protégées au sens de la loi pénitentiaire de 2009.
Où sont comptés les votes des détenus ?
Les votes par correspondance sont dépouillés le jour du scrutin au ministère de la Justice, place Vendôme à Paris, sous le contrôle d'une commission présidée par un magistrat de la Cour de cassation. Les détenus votant par procuration ou par permission de sortir sont, eux, comptés dans le bureau de vote de leur commune d'inscription.
Un détenu libéré avant l'élection peut-il voter normalement ?
Oui. Une personne admise à voter par correspondance dont la détention a pris fin avant le jour du scrutin peut voter personnellement ou par procuration dans son bureau, si elle n'a pas déjà voté en prison. Le chef d'établissement lui remet un document attestant qu'elle n'a pas pris part au scrutin.
Les détenus peuvent-ils encore voter par correspondance aux municipales ?
Non. Depuis la loi du 18 juillet 2025, le vote par correspondance des détenus est réservé à la présidentielle, aux européennes et aux référendums. Pour les élections municipales, départementales, régionales et législatives, ils votent par procuration ou, pour les condamnés, grâce à une permission de sortir.
Ce qu'il faut retenir
L'incarcération ne supprime pas le droit de vote : seule une condamnation à la perte des droits civiques en prive une personne détenue. À la présidentielle, les détenus peuvent voter par correspondance la semaine précédant le scrutin, par procuration ou, pour les condamnés, grâce à une permission de sortir. Les votes par correspondance sont dépouillés place Vendôme, sous le contrôle d'une commission présidée par un magistrat. Ce dispositif a fait passer la participation en détention d'environ 2 % en 2017 à un peu plus de 20 % en 2022, et la loi de 2025 l'a maintenu pour les scrutins nationaux. Pour situer vos propres convictions avant 2027, essayez le simulateur de positionnement anonyme — un outil pédagogique, ni sondage ni prédiction.
