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· Par La rédaction de France-Vote

Machines à voter en France : comment elles fonctionnent et pourquoi elles sont gelées depuis 2008

Machines à voter : quelles communes les utilisent, comment on y vote, quelles garanties encadrent leur usage et pourquoi un moratoire bloque leur extension depuis 2008.

Un électeur glisse son bulletin dans une urne transparente lors d’un scrutin en France
Un électeur glisse son bulletin dans une urne transparente lors d’un scrutin en France. Photo : Pierre-alain dorange / CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Les machines à voter sont autorisées en France depuis 1969, mais leur usage reste marginal : selon le ministère de l'Intérieur, 63 communes en sont équipées, soit environ 1 500 bureaux de vote et 3 % du corps électoral. Depuis un moratoire décidé en 2008, aucune nouvelle commune ne peut s'en doter. Voici comment fonctionnent ces appareils, quelles garanties encadrent leur usage et où en est le débat, d'après le rapport d'information du Sénat de 2018 et les réponses du ministère de l'Intérieur aux parlementaires.

En bref

  • Une machine à voter est un appareil autonome, installé dans le bureau de vote, qui enregistre les suffrages à la place de l'urne et des bulletins papier.
  • Seules les communes de plus de 3 500 habitants peuvent en utiliser, avec l'accord du préfet ; depuis le moratoire de 2008, les préfets n'autorisent plus de nouvelles communes.
  • La loi impose huit garanties : secret du vote, accessibilité, vote blanc possible, un seul suffrage par électeur, résultats lisibles seulement après la clôture, etc.
  • Les appareils ne sont reliés à aucun réseau ni à Internet : il ne s'agit pas de vote en ligne.
  • Le ministère étudie avec l'ANSSI une éventuelle sortie du moratoire, notamment avec des machines imprimant un bulletin papier vérifiable.

Qu'est-ce qu'une machine à voter ?

Une machine à voter est un appareil électronique posé dans le bureau de vote, qui remplace l'urne transparente, les enveloppes et les bulletins papier. L'électeur se déplace donc toujours au bureau de vote : il ne vote ni depuis chez lui, ni par Internet. Selon le Sénat, ces machines « fonctionnent en autonomie complète » : elles ne sont pas reliées entre elles par un réseau, wifi ou bluetooth, et ne font pas appel à Internet.

Le recours à ces appareils est une faculté, pas une obligation. D'après le rapport sénatorial, l'article L. 57-1 du code électoral prévoit que « des machines à voter peuvent être utilisées dans les bureaux de vote des communes », sous réserve de l'accord du préfet. D'abord réservée aux communes de plus de 30 000 habitants, cette faculté a ensuite été ouverte à toutes les communes de plus de 3 500 habitants.

Le ministère de l'Intérieur précise, dans une réponse publiée au Journal officiel du Sénat en mars 2023, que les machines à voter sont prévues en droit français depuis 1969 et que des modèles électroniques sont autorisés depuis 2003.

Combien d'électeurs votent sur machine ?

Environ 3 % du corps électoral. Le ministère de l'Intérieur recense 63 communes équipées, représentant environ 1 500 bureaux de vote. En 2018, le Sénat relevait que les deux tiers des communes utilisatrices se concentraient dans huit départements (Hauts-de-Seine, Alpes-Maritimes, Morbihan, Seine-et-Marne, Loire-Atlantique, Hérault, Nord et Val-de-Marne) et qu'aucune commune d'outre-mer n'y avait recours.

Comment vote-t-on sur une machine à voter ?

Le début du parcours est identique au vote papier : le président du bureau et les assesseurs contrôlent l'identité de l'électeur et vérifient qu'il est inscrit dans ce bureau. La suite diffère, comme le décrit le rapport du Sénat :

  1. aucune enveloppe ni aucun bulletin n'est remis à l'électeur ;
  2. le président du bureau autorise l'électeur à voter en ouvrant l'urne électronique ;
  3. seul face à la machine, l'électeur appuie sur le bouton placé sous le nom du candidat de son choix ;
  4. son choix s'affiche sur un écran que lui seul peut voir ; il peut le corriger ou le valider définitivement ;
  5. le président annonce que l'électeur « a voté » et referme l'urne électronique.

Le secret du vote est assuré par la disposition de l'appareil, « même en l'absence d'isoloir au sens strict du terme », souligne le Sénat. Le déroulement général du scrutin et le rôle des membres du bureau sont détaillés dans notre article sur le bureau de vote et les assesseurs.

Et le dépouillement ?

Il n'y a pas de comptage manuel des bulletins. À la clôture, l'urne électronique est définitivement fermée et la machine imprime les résultats sur un « ticket de dépouillement », reportés ensuite au procès-verbal. Le dépouillement classique, avec ses scrutateurs, est expliqué dans notre article sur le dépouillement d'une élection.

Quelles garanties encadrent les machines à voter ?

La loi fixe huit conditions que toute machine doit remplir. Selon la synthèse qu'en donne le Sénat, l'article L. 57-1 du code électoral impose que les machines :

  • comportent un dispositif qui soustrait l'électeur aux regards pendant le vote ;
  • permettent aux électeurs handicapés de voter de façon autonome ;
  • autorisent plusieurs élections de type différent le même jour ;
  • permettent l'enregistrement d'un vote blanc ;
  • interdisent l'enregistrement de plus d'un suffrage par électeur et par scrutin ;
  • totalisent le nombre de votants sur un compteur lisible pendant le vote ;
  • comptabilisent les voix des candidats et les votes blancs sur des compteurs lisibles seulement après la clôture ;
  • ne donnent accès aux résultats qu'avec deux clés différentes, l'une remise au président du bureau, l'autre à un assesseur tiré au sort.

Chaque modèle doit en outre être agréé par arrêté du ministère de l'Intérieur, après un contrôle technique réalisé par un organisme accrédité, sur la base d'un règlement de 2003 qui compte 114 exigences. Le Sénat indiquait qu'en 2018 seuls trois modèles avaient été agréés.

Les précautions avant le scrutin

Les opérations de programmation des machines se déroulent en présence des candidats ou de leurs délégués, afin de vérifier que chaque bouton correspond bien au bon candidat. Une fois paramétré, l'appareil reçoit des scellés numérotés, dont les références sont notifiées à la préfecture. Les machines sont stockées dans un local sécurisé, et un bureau de vote ne peut comporter qu'une seule machine, rapporte le Sénat.

Pourquoi un moratoire depuis 2008 ?

Le moratoire répond à des doutes sur la fiabilité et la vérifiabilité des machines, apparus au milieu des années 2000. Depuis 2008, les préfets n'autorisent plus de nouvelles communes à s'équiper, et le périmètre des communes utilisatrices est gelé, explique le ministère de l'Intérieur.

Plusieurs éléments ont pesé dans cette décision, selon le rapport sénatorial :

  • à l'étranger, une erreur de paramétrage a faussé un scrutin à Schaerbeek (Belgique) en 2003, et les Pays-Bas puis l'Irlande ont renoncé aux machines à voter ;
  • en France, lors de la présidentielle de 2007, le Conseil constitutionnel a relevé que « l'usage des machines à voter a posé des problèmes, plus particulièrement au premier tour » et qu'il « a pu contribuer à la formation de files d'attente excessives », tout en notant que ces difficultés avaient été moindres au second tour ;
  • un groupe de travail du ministère a identifié les logiciels de paramétrage, installés avant chaque scrutin, comme le principal point de vulnérabilité.

Le Sénat note toutefois que les machines n'ont pas connu d'incident technique lors des scrutins de 2007 : les difficultés constatées tenaient surtout aux files d'attente et à l'organisation des bureaux.

Où en est le débat aujourd'hui ?

À ce jour, le moratoire reste en vigueur. Le gel a un effet paradoxal : faute de nouveaux modèles agréés, les communes équipées continuent d'utiliser des appareils acquis avant 2008. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), citée par le ministère, estime que « le maintien à long terme du moratoire est sans doute la pire des solutions : les machines acquises avant 2008 continuent à être utilisées sans jamais être mises à jour ».

Les positions en présence sont les suivantes :

  • en 2018, la commission des lois du Sénat a proposé de lever le moratoire pour sécuriser les communes utilisatrices et agréer une nouvelle génération d'appareils ;
  • le 17 décembre 2021, le Gouvernement a remis au Parlement un rapport, prévu par la loi du 22 février 2021, qui reprend les préconisations de l'ANSSI, dont le recours à des machines éditant un bulletin papier pour rendre le vote « vérifiable et auditable » ;
  • en novembre 2024, la Cour des comptes a estimé, selon une question écrite au Sénat, que le ministère de l'Intérieur « devrait préciser la manière dont il entend sortir du moratoire » ;
  • en juin 2025, le ministère indiquait, dans une réponse à l'Assemblée nationale, qu'il « appartient désormais au Parlement de se saisir des conclusions de ce rapport », qu'un groupe de travail technique s'était réuni et que les communes concernées seraient réunies au sein d'un groupe de travail politique.

Les communes utilisatrices mettent en avant la rapidité du dépouillement et les économies de papier ; certaines s'opposent au retour d'un bulletin papier imprimé par la machine, jugé plus complexe, comme le relaie une question écrite à l'Assemblée nationale. Les tenants du statu quo insistent sur la nécessité d'un vote vérifiable par un recomptage manuel. Le choix relève du Gouvernement et du Parlement.

Questions fréquentes

Ma commune peut-elle s'équiper de machines à voter ?

Pas à ce jour. La loi réserve cette faculté aux communes de plus de 3 500 habitants, avec l'accord du préfet, mais depuis le moratoire de 2008 les préfets n'autorisent plus de nouvelles communes à s'équiper. Seules les communes déjà utilisatrices, 63 selon le ministère de l'Intérieur, continuent de s'en servir.

Peut-on voter blanc sur une machine à voter ?

Oui. La possibilité d'enregistrer un vote blanc fait partie des huit conditions légales que toute machine doit remplir. Les votes blancs sont comptabilisés sur un compteur distinct, lisible seulement après la clôture du scrutin. La différence entre vote blanc et vote nul est expliquée dans notre article sur le vote blanc, le vote nul et l'abstention.

Les machines à voter sont-elles connectées à Internet ?

Non. Selon le rapport du Sénat de 2018, les machines fonctionnent en autonomie complète : elles ne sont reliées ni entre elles, ni à un réseau wifi ou bluetooth, ni à Internet. Elles sont programmées avant le scrutin en présence des candidats ou de leurs délégués, puis scellées jusqu'à l'ouverture du bureau.

Peut-on voter par Internet à la présidentielle ?

Non. La machine à voter n'est pas un vote en ligne : l'électeur vote dans son bureau. Le vote par Internet est réservé à d'autres scrutins des Français de l'étranger, comme les législatives de leurs circonscriptions et les élections consulaires. Les modalités de vote depuis l'étranger sont détaillées dans notre guide pour les Français expatriés.

Qui contrôle la régularité du vote sur machine à la présidentielle ?

Les bureaux équipés d'une machine restent tenus par un président et des assesseurs, et les candidats assistent à la programmation des appareils. Le Conseil constitutionnel veille à la régularité de l'élection présidentielle : après le scrutin de 2007, il a d'ailleurs consacré une partie de ses observations aux machines à voter. Voir notre article sur son rôle dans les élections.

Ce qu'il faut retenir

Les machines à voter sont légales mais gelées : autorisées depuis 1969, encadrées par huit garanties légales et un agrément ministériel, elles ne concernent qu'environ 3 % des électeurs, répartis dans 63 communes. Depuis 2008, un moratoire empêche toute extension, et le débat porte désormais sur une éventuelle nouvelle génération d'appareils imprimant un bulletin papier vérifiable. Pour l'immense majorité des électeurs, la présidentielle de 2027 se votera donc avec un bulletin, une enveloppe et une urne. En attendant, découvrez les candidats déclarés et situez vos convictions avec le simulateur de positionnement anonyme — un outil pédagogique, ni sondage ni prédiction.

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