22 juillet 2026
Droit du sol, ISF, retraites : les vraies lignes de fracture de 2027
26 candidats positionnés sur 40 propositions, soit 1 040 positions : droit du sol, ISF et retraites divisent, le rejet des accords Mercosur fait l’unanimité.

Sur quoi les candidats à la présidentielle 2027 s’opposent-ils réellement ? Pour le savoir, nous avons positionné 26 personnalités susceptibles de se présenter sur 40 propositions issues du débat public, soit 1 040 positions au total. Chaque position est notée de -2 (opposition nette) à +2 (soutien net), la valeur 0 signalant une réponse nuancée ou une absence de prise de position. En mesurant la dispersion proposition par proposition, on obtient une cartographie des désaccords. Le résultat est moins attendu qu’il n’y paraît : les sujets les plus commentés ne sont pas toujours ceux qui coupent le champ politique en deux. Et un large accord s’est formé sur un thème dont on parle peu. Voici ce que montrent les 1 040 positions relevées.
En bref
- Les sept propositions les plus clivantes portent sur le droit du sol, la fiscalité du patrimoine, le RSA, la justice des mineurs, les charges des entreprises, les retraites et la régularisation des travailleurs sans papiers.
- Le rejet des accords de type UE-Mercosur réunit 24 des 26 personnalités, sans aucune opposition déclarée.
- L’abrogation de la réforme des retraites de 2023 (18 pour, 7 contre) est le clivage le plus transversal : il traverse les blocs au lieu de les séparer.
Quelles propositions divisent le plus les candidats ?
La proposition la plus clivante des 40 est la restriction du droit du sol : 11 personnalités pour, 1 nuancée, 14 contre, soit l’écart-type le plus élevé de tout le jeu de données (1,81). Aucun autre sujet ne partage aussi nettement les 26 personnalités en deux camps de taille comparable.
Le rétablissement d’un impôt sur la fortune suit immédiatement (16 pour, 2 nuancés, 8 contre, écart-type 1,78). Sa particularité tient à l’absence totale de position intermédiaire : personne ne nuance. Chacun tranche, dans un sens ou dans l’autre. C’est la marque d’un sujet devenu un marqueur d’appartenance plus qu’un débat technique.
Viennent ensuite le conditionnement du RSA à une activité (10 pour, 4 nuancés, 12 contre), la suppression de l’excuse de minorité (12 pour, 1 nuancé, 13 contre), la baisse des impôts de production et des charges (11 pour, 2 nuancés, 13 contre), l’abrogation de la réforme des retraites de 2023 (18 pour, 1 nuancé, 7 contre) et la régularisation des travailleurs sans papiers dans les métiers en tension (15 pour, 1 nuancé, 10 contre).
Ces sept propositions se répartissent sur trois terrains seulement : l’immigration et l’identité, la fiscalité et le travail. On peut les explorer thème par thème dans notre comparateur des candidats.
Pourquoi les retraites ne suivent-elles pas l’axe gauche-droite ?
Sur l’abrogation de la réforme des retraites de 2023, 18 personnalités sur 26 se déclarent favorables et 7 opposées. La composition de ces deux groupes est l’enseignement principal : le partage ne recoupe pas la frontière habituelle entre la gauche et la droite, contrairement aux six autres propositions les plus clivantes.
Du côté des partisans nets de l’abrogation, on trouve Nathalie Arthaud, Anasse Kazib, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, François Ruffin, Fabien Roussel, Marine Tondelier, Delphine Batho, Olivier Faure et Jérôme Guedj, mais aussi Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot, Marine Le Pen et Jordan Bardella. Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve, Dominique de Villepin et François Asselineau y sont plutôt favorables.
Du côté des opposants nets figurent Gabriel Attal, Édouard Philippe, Xavier Bertrand, David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau et Éric Zemmour. Autrement dit, la droite nationale rejoint ici les positions de la gauche, tandis qu’Éric Zemmour se range avec la droite libérale.
C’est le meilleur exemple d’un clivage qui traverse les blocs plutôt qu’il ne les oppose. Les autres propositions du volet travail, retraites et social suivent des logiques différentes.
Sur quoi les 26 personnalités sont-elles d’accord ?
Une proposition ne rencontre aucune opposition sur les 26 : le rejet des accords commerciaux de type UE-Mercosur, avec 24 avis favorables et 2 positions non tranchées. Sur 1 040 positions relevées, c’est le seul point où la colonne « contre » reste vide d’un bout à l’autre du spectre.
Les deux personnalités qui ne tranchent pas sont Nathalie Arthaud, dont le courant récuse le cadre protectionniste national, et Édouard Philippe. De Jean-Luc Mélenchon aux Républicains en passant par le Rassemblement national, l’accord se forme pour des raisons très différentes : défense de l’agriculture, souveraineté industrielle, normes environnementales ou sociales.
D’autres sujets rassemblent largement. L’augmentation du budget de l’hôpital public recueille 21 avis favorables, 1 nuancé et 4 défavorables. La régulation de la liberté d’installation des médecins obtient 17 avis favorables contre 6. Le protectionnisme industriel (13 pour, 8 nuancés, 5 contre) et la hausse du budget de la défense (14 pour, 5 nuancés, 7 contre) complètent ce socle.
Ces accords passent souvent inaperçus, car une campagne met en scène les désaccords. Ils dessinent pourtant ce qui a des chances d’être appliqué quel que soit le vainqueur.
Le nucléaire divise-t-il la gauche plus que la droite ?
La construction de nouveaux réacteurs nucléaires réunit 13 partisans nets, dont l’intégralité des personnalités classées à droite et au centre droit, quand seules 3 personnalités s’y opposent franchement : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier et Delphine Batho. Le désaccord se joue donc à l’intérieur d’un seul bloc.
Fabien Roussel et Bernard Cazeneuve figurent parmi les soutiens nets, aux côtés de Gabriel Attal, Édouard Philippe, Xavier Bertrand, David Lisnard, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot, Marine Le Pen, Jordan Bardella et Éric Zemmour. Nathalie Arthaud et Olivier Faure ne tranchent pas.
Le contraste avec les retraites est instructif. Sur l’énergie, la droite et le centre présentent un front homogène et la gauche se fracture. Sur les retraites, c’est l’inverse. Un même candidat peut donc appartenir à la majorité sur un sujet et à une minorité isolée sur le suivant.
Cette logique se retrouve dans plusieurs propositions du volet écologie et énergie, où les positions se recomposent d’un sujet à l’autre.
Que valent ces positions, et quelles sont leurs limites ?
Ces 1 040 positions constituent une lecture éditoriale et indicative, pas une déclaration des intéressés. À près de deux ans du scrutin, aucun des 26 candidats potentiels n’a publié de programme complet pour 2027. Nos positions reposent sur des prises de parole publiques, des votes et des documents partisans, avec la marge d’interprétation que cela suppose.
Trois précautions s’imposent. D’abord, une personnalité peut faire évoluer sa position, et plusieurs le feront d’ici 2027. Ensuite, le codage sur une échelle de -2 à +2 simplifie des nuances réelles : un « plutôt pour » assorti de conditions devient un chiffre. Enfin, certaines personnalités ne seront pas candidates.
L’écart-type mesure la dispersion des positions, pas l’importance d’un sujet. Une proposition peut diviser fortement sans peser dans la campagne, et l’inverse est vrai aussi. Le détail du codage et des sources est exposé dans notre méthodologie.
Pour situer vos propres réponses face à ces propositions, le simulateur de vote reste un outil pédagogique : il ne mesure aucune intention de vote et ne prédit aucun résultat.
Questions fréquentes
Quelle est la proposition la plus clivante des 40 étudiées ?
La restriction du droit du sol, avec 11 avis favorables, 1 position nuancée et 14 avis défavorables sur 26 personnalités. Son écart-type de 1,81 est le plus élevé du jeu de données. Les autres propositions du même champ sont regroupées dans notre rubrique immigration.
Existe-t-il un sujet sur lequel personne ne s’oppose ?
Oui, un seul : le rejet des accords commerciaux de type UE-Mercosur, avec 24 avis favorables, 2 positions non tranchées et aucune opposition. Nathalie Arthaud et Édouard Philippe sont les deux personnalités qui ne tranchent pas. Les motivations invoquées diffèrent fortement d’un camp à l’autre.
Pourquoi l’impôt sur la fortune ne compte-t-il aucune position nuancée ?
Sur cette proposition, les 26 personnalités se répartissent en 16 avis favorables et 10 défavorables, sans aucune position intermédiaire. C’est le seul cas de figure de ce type parmi les sept propositions les plus clivantes. Les autres questions fiscales sont détaillées dans la rubrique économie et fiscalité.
Ces positions engagent-elles les candidats ?
Non. Il s’agit d’une lecture éditoriale, établie à partir de prises de parole publiques et de documents partisans. Les programmes 2027 ne sont pas arrêtés et ces positions évolueront. Chaque fiche est consultable et datée dans la liste des candidats et de leurs positions.
Ce qu’il faut retenir
Mesurée sur 1 040 positions, la géographie des désaccords ne coïncide pas exactement avec celle de la campagne. Sept propositions concentrent l’essentiel des fractures, autour de l’immigration, de la fiscalité et du travail. À l’opposé, le rejet des accords de type Mercosur ne rencontre aucune opposition, et l’hôpital public réunit 21 avis favorables sur 26.
Surtout, deux sujets rappellent que les blocs ne sont pas homogènes : les retraites, où la droite nationale rejoint la gauche, et le nucléaire, qui divise la gauche seule. Ces chiffres restent indicatifs et appelés à bouger d’ici 2027. Pour vérifier proposition par proposition, parcourez les données complètes.
