· Par La rédaction de France-Vote
Droit du sol, ISF, retraites : les lignes de fracture de la présidentielle 2027
32 candidats positionnés sur 40 propositions, soit 1 280 positions : droit du sol, ISF et OTAN divisent, le rejet des accords Mercosur fait l’unanimité.

Sur quoi les candidats à la présidentielle 2027 s’opposent-ils réellement ? Pour le savoir, nous avons positionné 32 personnalités susceptibles de se présenter sur 40 propositions issues du débat public, soit 1 280 positions au total. Chaque position est notée de -2 (opposition nette) à +2 (soutien net), la valeur 0 signalant une réponse nuancée ou une absence de prise de position. En mesurant la dispersion proposition par proposition, on obtient une cartographie des désaccords. Le résultat est moins attendu qu’il n’y paraît : les sujets les plus commentés ne sont pas toujours ceux qui coupent le champ politique en deux. Et un large accord s’est formé sur un thème dont on parle peu. Voici ce que montrent les 1 280 positions relevées.
En bref
- Les sept propositions les plus clivantes portent sur le droit du sol, l’OTAN, les retraites, les charges des entreprises, le RSA, la fiscalité du patrimoine et le désendettement.
- Le rejet des accords de type UE-Mercosur réunit 29 des 32 personnalités, sans aucune opposition déclarée.
- Deux des sept clivages majeurs traversent les blocs au lieu de les séparer : les retraites et le commandement intégré de l’OTAN.
Quelles propositions divisent le plus les candidats ?
Deux propositions arrivent en tête à égalité, avec le même écart-type de 1,63. La restriction du droit du sol divise 10 personnalités favorables contre 19 opposées, 3 ne tranchant pas. La sortie du commandement intégré de l’OTAN oppose 15 partisans à 13 adversaires, avec 4 positions nuancées — un partage bien plus équilibré en nombre, et dont la composition est autrement plus surprenante.
L’abrogation de la réforme des retraites de 2023 suit immédiatement (23 pour, 1 nuancé, 8 contre, écart-type 1,60), puis la baisse des impôts de production et des charges (11 pour, 5 nuancés, 16 contre) et le conditionnement du RSA à une activité (9 pour, 9 nuancés, 14 contre), tous deux à 1,59.
Le rétablissement d’un impôt sur la fortune vient ensuite (23 pour, 2 nuancés, 7 contre, écart-type 1,58). Sa particularité tient à la quasi-absence de position intermédiaire : seuls Marine Le Pen et Bruno Le Maire ne tranchent pas. Le septième clivage est la priorité donnée au désendettement sur les dépenses nouvelles (9 pour, 5 nuancés, 18 contre).
Ces sept propositions se répartissent sur quatre terrains : l’immigration et l’identité, la fiscalité et les comptes publics, le travail, et la place de la France dans les alliances militaires. On peut les explorer thème par thème dans notre comparateur des candidats.
Pourquoi les retraites ne suivent-elles pas l’axe gauche-droite ?
Sur l’abrogation de la réforme des retraites de 2023, 23 personnalités sur 32 se déclarent favorables et 8 opposées. La composition de ces deux groupes est l’enseignement principal : le partage ne recoupe pas la frontière habituelle entre la gauche et la droite.
Du côté des partisans nets de l’abrogation, on trouve Nathalie Arthaud, Anasse Kazib, Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, François Ruffin, Fabien Roussel, Selma Labib, Emmanuel Maurel, Marine Tondelier, Delphine Batho, Olivier Faure, Jérôme Guedj et Ségolène Royal, mais aussi Nicolas Dupont-Aignan, Florian Philippot et Marine Le Pen. Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve, Philippe Brun, Karim Bouamrane, Dominique de Villepin et François Asselineau y sont plutôt favorables.
Du côté des opposants nets figurent Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Xavier Bertrand, David Lisnard, Bruno Retailleau et Éric Zemmour, rejoints par François Hollande, qui a voté contre l’abrogation en octobre 2024 mais pour sa suspension un an plus tard. Autrement dit, la droite nationale rejoint ici les positions de la gauche, tandis qu’Éric Zemmour se range avec la droite libérale.
L’OTAN, second clivage qui traverse les blocs
La sortie du commandement intégré de l’OTAN oppose 15 partisans à 13 adversaires, avec 4 positions nuancées. La ligne de partage y est encore plus surprenante que sur les retraites : les soutiens les plus nets réunissent Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Juan Branco, Selma Labib et Emmanuel Maurel d’un côté, Nicolas Dupont-Aignan, François Asselineau, Florian Philippot, Jean Lassalle et Éric Zemmour de l’autre.
À l’inverse, les opposants les plus nets forment un ensemble homogène et central : les six sociaux-démocrates du panel — Jérôme Guedj, Raphaël Glucksmann, Bernard Cazeneuve, Ségolène Royal, Philippe Brun et Karim Bouamrane — rejoints par Gabriel Attal, Bruno Le Maire et Édouard Philippe. Sur ce sujet, l’atlantisme n’est pas une position de droite : c’est une position de centre.
C’est le meilleur exemple d’un clivage qui traverse les blocs plutôt qu’il ne les oppose. Les autres propositions du volet international et défense suivent des logiques différentes.
Sur quoi les 32 personnalités sont-elles d’accord ?
Une proposition ne rencontre aucune opposition sur les 32 : le rejet des accords commerciaux de type UE-Mercosur, avec 29 avis favorables et 3 positions non tranchées. Sur 1 280 positions relevées, c’est le seul point où la colonne « contre » reste vide d’un bout à l’autre du spectre.
Les trois personnalités qui ne tranchent pas sont Nathalie Arthaud, dont le courant récuse le cadre protectionniste national, Karim Bouamrane et Édouard Philippe. De Jean-Luc Mélenchon aux Républicains en passant par le Rassemblement national, l’accord se forme pour des raisons très différentes : défense de l’agriculture, souveraineté industrielle, normes environnementales ou sociales.
D’autres sujets rassemblent largement. L’augmentation du budget de l’hôpital public recueille 27 avis favorables, 2 nuancés et 3 défavorables. La régulation de la liberté d’installation des médecins obtient 20 avis favorables contre 6. Le protectionnisme industriel (14 pour, 13 nuancés, 5 contre) et le référendum d’initiative citoyenne (15 pour, 12 nuancés, 5 contre) complètent ce socle.
Ces accords passent souvent inaperçus, car une campagne met en scène les désaccords. Ils dessinent pourtant ce qui a des chances d’être appliqué quel que soit le vainqueur.
Le nucléaire divise-t-il la gauche plus que la droite ?
La construction de nouveaux réacteurs nucléaires réunit 13 partisans nets, dont l’intégralité des personnalités classées à droite, au centre et au Rassemblement national, quand 4 personnalités s’y opposent franchement : Jean-Luc Mélenchon, Marine Tondelier, Delphine Batho et Selma Labib. Le désaccord se joue donc à l’intérieur d’un seul bloc.
Fabien Roussel et Bernard Cazeneuve figurent parmi les soutiens nets, aux côtés de Gabriel Attal, Bruno Le Maire, Édouard Philippe, Xavier Bertrand, David Lisnard, Bruno Retailleau, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle, Florian Philippot, Marine Le Pen et Éric Zemmour. Nathalie Arthaud, Olivier Faure, Philippe Brun, Karim Bouamrane, François Hollande et Emmanuel Maurel ne tranchent pas, tandis qu’Anasse Kazib, Clémentine Autain, François Ruffin et Ségolène Royal y sont plutôt opposés.
Le contraste avec les retraites est instructif. Sur l’énergie, la droite et le centre présentent un front homogène et la gauche se fracture. Sur les retraites, c’est l’inverse. Un même candidat peut donc appartenir à la majorité sur un sujet et à une minorité isolée sur le suivant.
Cette logique se retrouve dans plusieurs propositions du volet écologie et énergie, où les positions se recomposent d’un sujet à l’autre.
Que valent ces positions, et quelles sont leurs limites ?
Ces 1 280 positions constituent une lecture éditoriale et indicative, pas une déclaration des intéressés. À un an et demi du scrutin, aucun des 32 candidats potentiels n’a publié de programme complet pour 2027. Nos positions reposent sur des prises de parole publiques, des votes et des documents partisans, avec la marge d’interprétation que cela suppose.
Trois précautions s’imposent. D’abord, une personnalité peut faire évoluer sa position, et plusieurs le feront d’ici 2027. Ensuite, le codage sur une échelle de -2 à +2 simplifie des nuances réelles : un « plutôt pour » assorti de conditions devient un chiffre. Enfin, certaines personnalités ne seront pas candidates.
L’écart-type mesure la dispersion des positions, pas l’importance d’un sujet. Une proposition peut diviser fortement sans peser dans la campagne, et l’inverse est vrai aussi. Le détail du codage et des sources est exposé dans notre méthodologie.
Pour situer vos propres réponses face à ces propositions, le simulateur de vote reste un outil pédagogique : il ne mesure aucune intention de vote et ne prédit aucun résultat.
Questions fréquentes
Quelle est la proposition la plus clivante des 40 étudiées ?
La restriction du droit du sol, avec 10 avis favorables, 3 positions nuancées et 19 avis défavorables sur 32 personnalités. Son écart-type de 1,63 est le plus élevé du jeu de données, à égalité avec la sortie du commandement intégré de l’OTAN. Les autres propositions du même champ sont regroupées dans notre rubrique immigration.
Existe-t-il un sujet sur lequel personne ne s’oppose ?
Oui, un seul : le rejet des accords commerciaux de type UE-Mercosur, avec 29 avis favorables, 3 positions non tranchées et aucune opposition. Nathalie Arthaud, Karim Bouamrane et Édouard Philippe sont les trois personnalités qui ne tranchent pas. Les motivations invoquées diffèrent fortement d’un camp à l’autre.
Pourquoi l’impôt sur la fortune ne compte-t-il presque aucune position nuancée ?
Sur cette proposition, les 32 personnalités se répartissent en 23 avis favorables et 7 défavorables, avec deux seules positions intermédiaires, celles de Marine Le Pen et de Bruno Le Maire. C’est le clivage fiscal le plus net du jeu de données. Les autres questions fiscales sont détaillées dans la rubrique économie et fiscalité.
Ces positions engagent-elles les candidats ?
Non. Il s’agit d’une lecture éditoriale, établie à partir de prises de parole publiques et de documents partisans. Les programmes 2027 ne sont pas arrêtés et ces positions évolueront. Chaque fiche est consultable et datée dans la liste des candidats et de leurs positions.
Combien de candidats et de propositions cette analyse compare-t-elle ?
Nous avons positionné 32 personnalités susceptibles de se présenter sur 40 propositions issues du débat public, soit 1 280 positions au total. Chaque position est notée de -2 (opposition nette) à +2 (soutien net), la valeur 0 signalant une réponse nuancée ou une absence de prise de position.
Le clivage gauche-droite structure-t-il tous les sujets ?
Pas entièrement. Cinq des sept propositions les plus clivantes suivent la frontière gauche-droite, mais deux la traversent. Sur l’abrogation de la réforme des retraites de 2023 comme sur la sortie du commandement intégré de l’OTAN, la gauche de rupture et le camp souverainiste se retrouvent du même côté, face au centre et à la droite libérale.
Quels sujets rassemblent le plus largement les candidats ?
Au-delà du rejet des accords de type Mercosur, l’augmentation du budget de l’hôpital public recueille 27 avis favorables sur 32. La régulation de la liberté d’installation des médecins obtient 20 avis favorables contre 6. Ces accords passent souvent inaperçus, car une campagne met surtout en scène les désaccords.
Ce qu’il faut retenir
Mesurée sur 1 280 positions, la géographie des désaccords ne coïncide pas exactement avec celle de la campagne. Sept propositions concentrent l’essentiel des fractures, autour de l’immigration, de la fiscalité, du travail, de la justice et des alliances militaires. À l’opposé, le rejet des accords de type Mercosur ne rencontre aucune opposition, et l’hôpital public réunit 27 avis favorables sur 32.
Surtout, trois sujets rappellent que les blocs ne sont pas homogènes : les retraites et l’OTAN, où la gauche de rupture et les souverainistes convergent, et le nucléaire, qui divise la gauche seule. Ces chiffres restent indicatifs et appelés à bouger d’ici 2027. Pour vérifier proposition par proposition, parcourez les données complètes.
